L’objectif de cet atelier est d’amener les étudiants à avoir un regard critique sur les outils informatiques qu’ils manipulent à chaque instant, avec tant de naturel qu’ils en deviennent une extension physique de leur corps, influençant leur manière d’être et d’agir.

Ces outils sont pour la grande majorité des citoyens des boîtes noires, de plus en plus dématérialisées : la communauté d’objets remplace le logiciel monolithique, le réseau (et le « cloud » tellement vanté par de grands constructeurs et opérateurs) l’ordinateur familial. Parallèlement à cette évolution, les intelligences artificielles dont sont dotés ces matériels s’améliorent sans cesse, capables d’effectuer des tâches qui n’étaient accessibles quelques années auparavant qu’aux seuls intelligences naturelles. Pour démarrer cet atelier nous blanchirons ces boîtes noires, à travers une approche historique (de l’Homme-Machine de De la Mettrie au réseau Internet) qui nous amènera à nous poser La question : qu’est-ce que l’intelligence, une liste de compétences ? Une liste de ce qu’elle n’est pas ? Ou bien le résultat d’un test comparatif (identité comportementale de Turing) ? Le concept d’intelligence artificielle est lui-même en évolution permanente, de l’intelligence artificielle forte issue d’une vision mécaniste de l’homme (révolution classique de Newton) à l’intelligence artificielle faible issue d’une vision systémique influencée par les recherches en biologie, sociologie, et psychologie humaine et animale. Les participants aux ateliers découvrirons ainsi qu’il n’existe pas une Intelligence, mais différentes formes d’intelligences, relativement à certains critères (si l’on se place du point de vu de la survie de la communauté et de la gestion des ressources permettant cette survie, les fourmis forment une espèce probablement plus intelligente que l’espèce humaine !), questionnement que l’on retrouve en science de l’éducation. Quelques grands domaines de l’intelligence artificielle inspirés des sciences cognitives, de la biologie et du langage seront investigués pour soutenir cette réflexion, mais aussi pour comprendre les limites de nos outils, avec  des cas d’étude.

Nous proposerons des travaux pratiques pour créer des modèles de type multi-agents reposant sur la description des comportements d’un individu (ou agent) en interaction avec d’autres individus et son environnement. Pour cela nous utiliserons des logiciels ne nécessitant pas de connaissances particulières en programmation (exemple NetLogo ou construction graphique des comportements, sans code). Les participants pourront découvrir par eux-mêmes les phénomènes d’émergence, base de l’intelligence artificielle faible.

Nous en arrivons à la question de l’usage, usage tel qu’il est envisagé par le concepteur, usage (ou plutôt pratique) de l’utilisateur et questions d’éthique qui peuvent se poser. La conception repose sur de grands principes qui facilitent le développement et l’industrialisation, le concepteur devant répondre à deux défis : créer des outils peu couteux à faire évoluer et présentant certaines synergies (socle de composants communs) ; faciliter la pratique de l’utilisateur en pensant ergonomie et charge informationnelle (ergonomie cognitive). Pour cela des méthodes de gestion de projet et de modélisation systémique ont été inventées depuis le milieu du vingtième siècle, jusqu’à l’ingénierie système prenant en compte les contraintes cognitives et physiologiques. Nous étudierons, et nous poserons surtout des questions tant cet usage est nouveau, peu exploré : le concept « d’environnement à bien vivre ». Les applications de l’informatique sont nombreuses, de la maison à bien vivre (à spécifier suivant le profil des habitants, âgés ou en situation d’handicap, et la finalité de l’habitat en dépassant le côté parfois un peu gadget de la domotique), en passant par l’aménagement urbain de quartiers pluriculturels,  l’organisation des services d’urgence, la gestion de la sécurité.